
Démons et merveilles, des vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée…
Jacques Prévert
De retour dans l’effervescence de Paris libéré, Pierre se passionne pour les manifestations sportives, les patins à roulettes et le cinéma ! Au printemps 1949, il pousse les portes du cinéma l’Éden, comme il le raconte dans son autobiographie Les Rivières Souterraines :
Je suis venu au cinéma aussi naturellement que j’ai commencé à écrire des chansons : entre quatorze et quinze ans, j’avais réintégré ma banlieue, Levallois-Perret. Je me retrouvais dans un état d’incompatibilité chronique avec toute forme d’éducation dirigée, tentant de compenser le parfum des champs bordant la rivière, les collets et pièges à perdrix, par les billes et les patins à roulettes. Les courses cyclistes des Six Jours me passionnaient et mes parents m’avaient permis, un jeudi après-midi, d’aller au « Vél’d’Hiv »… Attiré par l’Éden, je m’approchai de l’entrée. La caissière n’étant plus là, j’estimai qu’il me restait du temps avant l’énoncé de mon nom et, furtivement, je m’installai devant le film en cours. J’avais entre quatorze et quinze ans, et j’ai vu à l’Éden, le « P’tit ciné » d’en bas de chez moi, rue Jules-Guesde à Levallois-Perret, Les Visiteurs du soir. Le grand souffle de Jacques Prévert avait déposé son pollen dans mon esprit, dans mes fibres les plus secrètes…
Quelques années plus tard, sous l’émotion du film russe Quand passent les cigognes (Mikhail Kalatozov, Palme d’or à Cannes en 1958) il écrit sa grande chanson Les Filles du dimanche qu’il chante à l’écran dans Arrêtez les tambours (Georges Lautner, 1961). En 1964, Pierre rencontre Claude Lelouch. L’amitié instantanée entre les deux hommes est confirmée par son premier grand rôle dans le film Une fille et des fusils !
Le 1er janvier 1966, Pierre Barouh avec Francis Lai son compositeur complice, Claude Lelouch et Fernand Borruso créent les éditions Saravah, afin de débloquer des fonds pour la production du film Un homme et une femme dans lequel Pierre joue le rôle d’un cascadeur, défunt mari d’Anouk Aimée amoureuse de Jean-Louis Trintignant. Pierre revient d’un tournage au Brésil avec la chanson Samba Saravah dans sa musette. Quelques mois plus tard en avril 1966, ils sont sacrés homme et femme devant le rabbin et dans la foulée Un homme et une femme remporte la Palme d’or à Cannes. Leur long voyage de noces conduira les jeunes mariés autour du monde pour présenter le film gratifié de quatre Golden Globes à Hollywood en 1967 dont ceux de la meilleure actrice et de la meilleure bande son !
Pierre Barouh se libère de l’écran et passe derrière la caméra. Pour qualifier ses tournages éclairs il parle de Hold-up.

Plus tard, Pierre Barouh se libère de l’écran et passe derrière la caméra. C’est d’abord le film Saravah, improvisé en trois jours à Rio de Janeiro en hiver 1969 avec Baden Powell, Maria Bethania, Joao Da Bahiana, Pixinguinha, Paulinho Da Viola et Marcia Sousa : une totale réussite acclamée au Brésil et distribuée en salle dans une version restaurée en 2024. En 1979, Pierre Barouh réalise son premier long métrage avec une production classique, Léa Massari et Michel Piccoli dans les premiers rôles d’une fable moderne sur la crise du couple, Le Divorcement. Grâce à la technologie vidéo et le montage « à la maison », il réalise des dizaines de films à partir des années 1990 tout en écrivant et voyageant avec un égal bonheur.
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