
Le 19 février 1934, Elie Pierre Barouh pousse son premier cri à Paris. Ses parents, Sarah et Raphaël, sont originaires de Constantinople, capitale de l’Empire Ottoman rebaptisée Istanbul par la république Turque en 1930. Ils sont arrivés en France, avec le flux de leur communauté juive sépharade ballotée pendant 2000 ans à travers le bassin méditerranéen ; de Judée en Andalousie à l’époque romaine, puis expulsée au XVème siècle sous l’inquisition catholique, dispersée dans l’orient Ottoman et refoulée vers l’Ouest au début du XXème siècle. Sarah a deux ans quand elle débarque en 1912 à Marseille avec ses parents, anciens tailleurs du sultan déchu Abdülhamid II, ses trois frères et sa sœur plus âgés. Raphaël, vendeur ambulant de dentelles depuis ses douze ans et la noyade de son père cordonnier dans le Bosphore, fuit le service militaire en 1924 vers l’Amérique. Il s’arrête en France, rencontre Sarah dans l’atelier de couture de son père à Levallois-Perret ; le Paris des années folles offre son décor à leur idylle. Après Samuel en 1930 et Elie Pierre, la petite Estelle comble le foyer Barouh en mai 1940… quand la France bascule dans l’horreur de l’occupation allemande.
Pierre est confié aux Rocher, à Montournais dans le hameau de la Grêlerie au bord du Grand Lay. Ce refuge s’avère salutaire pour le petit Pierrot, âgé de 9 ans.

Comme la plupart des Juifs immigrés, Sarah et Raphaël se déclarent docilement au recensement et se plient aux humiliations des lois anti-juives. En 1942, ils rentrent dans la clandestinité pour échapper aux rafles généralisées et aux déportations. Ils quittent Levallois-Perret pour le 12ème arrondissement parisien, après avoir caché leurs trois enfants en Vendée dans la famille d’un client de Raphaël, René dit Emile Prévoteau, en hiver 1943. Pierre (ne gardant que son deuxième prénom) est confié aux Rocher, Marie et Hilaire, à Montournais dans le hameau de la Grêlerie au bord du Grand Lay. Ce refuge s’avère salutaire pour le petit Pierrot, âgé de 9 ans. Il y trouve la fertilité d’une terre d’adoption, l’affection d’un père vendéen et d’un nouveau frère, Serge, le cadet des Rocher, partageant son lit, ses jeux et les plaisirs offerts par le bocage : le braconnage, la cueillette, la pêche, l’apprivoisement des pigeons ramiers, la capture des vipères à la main…
Pierre Barouh est profondément marqué par son sauvetage au point de privilégier dans sa mémoire la lumière du bocage vendéen à la pénombre de la guerre. Cet exil lui inspire sa vocation de promeneur optimiste, cultivant la vertu des impondérables*, et certaines de ses plus belles chansons : Des ronds dans l’eau, La Bicyclette, Huit heures à dormir, Crépuscule… En 1966, sous les conseils d’Hilaire Rocher, Pierre Barouh fait l’acquisition d’une borderie, La Morvient, dans la vallée du Grand Lay où dans les années 1990 sera fondé un studio d’enregistrement. Aujourd’hui, son fils Benjamin Barouh et son épouse Nadia Szczepara, artiste peintre, entretiennent et animent ce lieu de mémoire et de création.
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