"Ça va ça vient " en DVD, un film de Pierre Barouh

"Ça va ça vient " en DVD, un film de Pierre Barouh

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Actualité / "Ça va ça vient " en DVD, un film de Pierre Barouh

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Bonus " Ça va ça vient" de Pierre Barouh  

Juin 1970. Trois semaines de tournage: "CA VA, CA VIENT". Mon premier long métrage et deuxième expérience au titre de réalisateur. La première (1969): "SARAVAH", un hold up tourné au Brésil en trois jours. Areski et Elie, deux amis d'enfance (un Arabe et un Juif) voisins de banlieue travaillent sur un chantier de la Place des fêtes (Belleville) et participant ainsi à ce qui les a chassé de la ville sont confrontés à une grève sauvage des transports offrant à l'un deux "la vertu des impondérable". le projetant vers une échappée avec la troupe du "Magic circus et de ses animaux tristes" de Jérôme Savary. Important de préciser que (si l'on exclue ma furtive présence) tous les participants vivaient ainsi leur première expérience cinématographique. 

Il me faut saluer les ouvriers du chantier, les forains du marché de la Place des fêtes et leurs témoins qui tous ont spontanément intégré la fiction proposée.  

Merci à l'ami Michel Cantal Dupart, grand architecte urbaniste qui, étudiant (rivières souterraines) jouait dans la fanfare de Jérôme Savary à qui je prolonge ce merci ainsi qu'à Benjamin Rassat pour leur disponibilité  offerte (en juin 2O11) au bonus accompagnant ce document.  

Crédits

« Ça va ça vient »
Un film de pierre Barouh de 1970
SHL 2134 (Distribution : SOCADISC)

Avec :
Areski Belkacem
Elie Garguir
Jérôme Savary avec sont grand Magic Circus et ses animaux tristes
Coyotte
Philippe Montaigu
Magali
Lucien Le Camelot

Et les gens de Paris….

Images :
Michel Humeau

Assistant :
Robert Destanques

Montage :
Chantal Colomer
Roger Pyot

Mixage :
Pierre Vuillemin
Studio SIS

Script :
Badoud Rappeneau

Assistants :
Eric De Barge
François Manceaux

Produit par :
Pierre Barouh - Gérard Cohen - Killy SA - Paul Rodcage

Producteur délégué :
Claude Nedjar (N.E.F) – Maurice Urbain

Titres extrait du film :

« L’horaire et le temps »
(Pierre Barouh / Anita Vallero)

« Ça va ça vient »
(Pierre Barouh – Jérôme Savary)

Bonus « Ça va ça vient » De Pierre Barouh (2011)

Avec :
Jérôme Savary
Michel Cantal-Dupart
Benjamin Rassat

Montage :
Guillaume Diamant – Berger

Production : Saravah -2011

Sous-titrage :
Lizard - Cse

Traduction : 
Anglais :
Aviva Cashmira Kabar
Japonais :
Atsuko Ushioda

Authoring :
joël Vitu – A l’est                 

Illustration :
D.R.

Conception graphique :
Frédéric Hallier

Presse

ÇA VA ÇA VIENT
 Film de Pierre Barouh

La paix du matin à la campagne. Epis mûrs et chants des zoziaux. C’est une feinte : paix de très courte durée. Un panoramique sournois découvre, sur notre droite, une falaise d’HLM. Cette campagne n’est jamais qu’une banlieue. La banlieue. Et la falaise s’avance. Fin des épis mûrs et des zoziaux.

            Prière de conserver ces épis au fond de notre regard, ces cuicuis au fond de notre oreille. Ils ne vont cesser d’agir. En profondeur. C’est l’image d’un bonheur facile, naturel, à la portée de tous les regards et de toutes les oreilles, mais voilà, ceinture, la ville est là qui t’appelle et qui te bouffe. Métro, boulot, dodo : on connaît la formule. C’est avec ça qu’il faut bien s’arranger pour vivre. Ces existences ont tout de même leurs petites joies, l’épouse qu’on aime bien et qu’on retrouve le soir, l’idée des enfants qu’on aura, les potes, le plaisir de l’apéro au bistrot familier, ce qu’est l’été même à Paris, la gentillesse populaire dans un marché du Paris parigot, camelots et mémères. Je le répète, faut faire avec. Il arrive que cela ressemble au bonheur.

            N’empêche : le bol d’air, les fesses dans l’herbe douce, le ciel qu’on boit à la régalade sans qu’il cesse de faire de la musique, cette fabuleuse paresse, ce loisir, le temps qu’on prend de sentir le temps glisser. Cela n’existe plus qu’à l’idée de nostalgie assoupie, vague souvenir d’un paradis perdu. Nostalgie. Qui apparaît par intermittences, bouffée de mélancolie nuageuse, dans le geste devenu plus lent, plus las, ou le regard soudain brumeux de cet ouvrier à qui Barouh a choisi d’attacher ses pas. 

            « Ça va, ça vient », c’est 48 heures de la vie d’un ouvrier maçon, un Algérien qui bosse sur un de ces chantiers occupés à transformer le visage (et le corps et l’âme) de Paris. On tue le vieux Paris populaire, le Paris des bistrots, des marchés en plein air, des jardinets à lilas et à ruelle (dans le film de Barouh, il s’agit précisément de l’assassinat de Belleville), pour installer sur ces ruines un Paris résidentiel, un Paris chic, qui ne comptera plus que des beaux quartiers…Insidieuse opération qui vide, par la même occasion, Paris de sa population populaire. On assainit, c’est à dire qu’on embourgeoise. L’idée n’est pas neuve. Les urbanistes flics à la Rambuteau ou à la Haussman ont toujours veillé à démanteler le Paris révolutionnaire. Aujourd’hui, on le vide. Le populo se voir refoulé sur la périphérie. Les falaises des HLM. On s’en fout  que ce déplacement de population signifie, pour les « personnes déplacées », des heures de transport en plus, donc de fatigue, et coetera. On s’en féliciterait plutôt.

            Le maçon de Barouh, Areski, fait donc la navette entre son HLM de banlieue et son chantier parisien, qui éventre un quartier dont les habitants devront à leur tour s’exiler dans les HLM de banlieue. Ça va, ça vient, c’est la vie. Matin et soir : la navette. Areski ne se pose pas trop de questions. A part la brume, parfois, dans l’œil.

            Jusqu’au soir où il y a comme une fêlure, une faille. Un incident en apparence banal mais qui rompt le rythme, qui casse l’habitude, réveille Areski de son assoupissement. Une grève des transports donne à la ville l’allure insolite du désordre avec ce que ce désordre implique de dérangements dans les habitudes assoupissantes, donc de liberté inattendue, de soudaine disponibilité. Sur ce premier désordre, un deuxième se greffe : une rencontre. Celle de gens qui refusent la règle du jeu, métro-boulot-dodo : Jérôme Savary, son grand Magic Circus et ses animaux tristes. Ils mènent cette vie libre que les bourgeois appellent (c’est pour la condamner) la vie de bohême. Leur goût de la fête transforme cette vie de bohême en permanente grève d’été. D’une acceptation qui ne songeait même pas à se considérer comme une résignation, Areski glisse à un refus, une dérobade, une démission, qui ne songe même pas à se prendre pour une révolte. C’est infiniment plus simple, plus terre à terre. En a-t-il seulement marre, Areski ? Non. Il décroche, c’est tout. Sans éclat. Presque sans y penser. Comme ça. Naturellement. On retrouve les fleurs et les petits zoziaux.

Et voilà que le film, au lieu de se boucler, s’ouvre au maximum. Tout est suspendu. Tout est possible. Rien ne finit, Ça va, ça vient. La vive séduction du film de Barouh tient à cette liberté d’allure, plus que décontractée : dénouée. Totale absence de prétention, de condescendance populiste, d’ouvriérisme pittoresque. Mais une espèce de candeur souriante qui n’empêche pas l’acuité de l’observation ni la rapidité avec laquelle le regard enregistre les notations fugaces, accumule les touches impressionnistes. Dieu sait si je me méfie de la gentillesse. Mais si l’on donne à la gentillesse une vigueur qu’elle ignore le plus souvent, une force rayonnante, si elle devient synonyme de générosité active, si elle ne se contente pas d’observer et de noter avec sympathie (ce qui est déjà beaucoup) mais va chercher les gens, les accompagne chez eux, à leur boulot, prend la peine non seulement de les regarder vivre mais de vivre avec eux, alors « Ça va, ça vient » déborde de gentillesse.

JEAN-LOUIS  BORY
(Le nouvel Observateur)