
En 1950, Pierrot souffre d’une typhoïde compliquée par un virage de cuti, qui l’envoie en convalescence dans les Landes avant la fin de l’année scolaire. Il y retrouve la forme physique, se met sérieusement au volley-ball, découvre le jazz Be-Bop avec une bande de copains plus âgés que lui et abandonne l’école à son retour, malgré le véto de son père. Pierre se voit déjà seul sur les routes du Grand Nord, guitare au dos. Ses prouesses dans l’équipe junior nationale de volley-ball lui évitent la mobilisation en Algérie. En septembre 1957, il part en stop avec sa guitare vers la Norvège avec pour seule fortune le billet qu’il s’est engagé à rendre à ses parents. Cette aventure lui plaît tant qu’il se promet de vivre sa bohème, sans chercher à faire carrière, jusqu’à ses trente ans !
La Norvège
Débarquer dans une ville étrangère, sans un sou, une adresse, sans en parler la langue, nez en l’air, avec pour seule certitude que l’on ne peut mourir de « ça », restera pour moi, à jamais, une source d’euphorie qu’il m’est impossible de décrire. Elle est d’ailleurs si dense qu’elle recouvre et gomme systématiquement ce sentiment arbitraire qu’est le souvenir… Souvenir ? Jamais je n’ai pu me souvenir des premiers jours passés dans une ville étrangère : la texture de l’air, la lumière des murs et des rues, la rumeur ambiante m’aspirent dans une errance sensuelle, c’est bien ça !
— Pierre Barouh, Les Rivières Souterraines
Lisbonne

Après la Scandinavie, il prend la direction du Sud, toujours en stop, pour rejoindre sa fiancée Liliane qui danse le Be-Bop dans un bar de Lisbonne. Il décide de séjourner quelques mois sur le pavé lisboète ; le temps d’apprendre le portugais et de se faire de nouveaux ami(e)s. Parmi eux le musicien brésilien Sivuca, en tournée européenne, lui fait découvrir la Bossa Nova ! Ce savant mélange de rythmes africains et de « saudade » lusophone agit sur la psyché du jeune artiste comme une révolution. Il se passionne pour les maîtres de la Musique Populaire Brésilienne, João Gilberto, Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes. Son retour à Paris en hiver 1960 marque un tournant dans sa carrière.
De la Camargue à Rio

Ses prochains voyages le conduisent en Camargue, sur deux tournages différents (Une Fille à la dérive et D’où viens-tu Johnny ?). Ce terroir lui plaît tellement qu’il se fait engager comme gardian dans un élevage de taureaux ! En 1963, il rencontre dans le quartier latin le maître Vinicius de Moraes qu’il avait cherché en vain trois ans auparavant. Vinicius vient de sublimer la Bossa-Nova par l’Afro-Bossa, sa version mystique développée avec le jeune virtuose Baden Powell. Il fait écouter à Pierre sa nouvelle chanson Samba Da Bençao au cours d’une nuit d’initiation ! Pierre ne pense qu’à retourner au Brésil. Vinicius lui offre une opportunité en lui donnant le rôle principal dans le film Arrastao ou Les Amants de la mer, dont le tournage démarre à Itaïpu, en face de la baie de Rio de Janeiro, en hiver 1965.
Qu’il s’agisse de traverser le Grand Lay vendéen, la Seine, le Rhône, la mer Baltique, la méditerranée ou l’océan Atlantique, Pierre Barouh est irrésistiblement attiré par l’autre rive. A l’âge de trente ans, le succès s’ouvre à lui sous la forme d’une corne d’abondance mais il ne renonce pas à la vie de bohème !
Québec, Japon, Chili…
Cette disponibilité le conduit à séjourner régulièrement au Québec, sa province de cœur, et au Japon qui devient son île d’élection et son deuxième foyer (avec Atsuko sa femme et leurs trois enfants Maïa, Akira et Amie) à partir des années 1980, au Chili, au Cambodge, à Cuba ou encore en Colombie Britannique. C’est au Japon, en répondant à l’invitation de la Nippon Columbia d’enregistrer l’album Le Pollen en 1982, que Pierre reçoit la reconnaissance méritée. Parmi ses nouveaux projets, le plus important est sa collaboration avec le dramaturge chilien Oscar Castro et la compositrice Anita Vallejo, en exil à Paris avec leur troupe Aleph. Quatre comédies musicales sont co-écrites avec Oscar Castro en 1985 et 1990, dont la plus fameuse Le Kabaret de la dernière chance, adaptée au Japon. Le thème de la pièce est d’ailleurs la dernière chanson enregistrée par Yves Montand en automne 1991, juste avant sa disparition !
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